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Publié le par palcf

LÈGE-CAP-FERRET. De la Pointe jusqu'à Lège, pendant que certains dorment ou font la fête, d'autres nettoient la presqu'île de ses déchets

La nuit des poubelles des riches

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Dans les rues de la pointe du Cap Ferret, la benne et les techniciens de la collecte des déchets : d'autres lumières de la nuit. (PHOTOS Y. D.)
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Benoît Rousseau en plein rush, hier midi dans la cuisine de chez Hortense

Des boucles. Ce sont des boucles régulières qu'effectue la benne, sillonnant les rues du Cap. Il est minuit et demi. Johan Pilon (Johan 1), Johan Lahonta (Johan 2) et Cyril Brisson commencent leur journée.

La vingtaine de techniciens de collecte qui s'occupent de la commune, se sont retrouvés une demi-heure plus tôt au dépôt de Lège. Les trois premiers camions se sont déployés pour la collecte des déchets des particuliers. Deux secteurs chacun. « Ah, y'a pas un immeuble », sourit Johan 1 au volant cette nuit. En poste pour l'été sur Lège-Cap-Ferret, il travaille normalement sur Biganos, plus peuplé, « enfin, différemment ».

Allée des palombes. Johan regarde l'écran posé sur le tableau de bord les mouvements de ses collègues « rippeurs ». « Il faut être coordonné et s'arrêter dans les meilleures conditions, explique-t-il. Les vélos sans lumière, c'est notre grosse crainte ici. »

Du respect... ou pas

Quand on les questionne sur le fait de ramasser les poubelles d'une collectivité de plaisanciers dont l'addition des fortunes dépasse le PIB de la Somalie, les employés de chez Véolia rigolent. « C'est riche, oui, mais on ne nous manque pas de respect », souligne Johan 1.

Rue des alouettes, on s'arrête. Pas pour la rime, mais Johan 2 nous montre un autre style de mépris : un container vert rempli à ras bord de tout, sans distinction. Peu importe que le tri soit en place depuis plusieurs années, qu'il y ait des poubelles bleues pour le verre, jaunes pour le sélectif et vert ou marron pour les déchets communs : certains persistent à s'en foutre comme de leur première Méhari. Récemment, un élu du Cap areçu une piqûre de rappel, après qu'on eut constaté que ses poubelles, c'était l'anarchie, terme peu usité quand même sous ces longitudes.

Bon, et les stars, ho, vous en voyez souvent sortir leurs poubelles alors ? « Pas avec les poubelles mais on en voit, ouais, dit Johan. Tous les soirs ou presque, on croise Pascal (Obispo) près de chez lui : il est super sympa. Nickel. On a vu aussi Dominique Chapatte, de l'émission "Turbo". » Ah ouais, super. Plus au sud, de la pointe, les 44 hectares sont aussi pour la collecte des déchets, un territoire particulier. Sans voirie complète, la benne va ramasser les déchets sur des points de regroupement, où l'on réalise que, millionnaire ou pas, le réflexe de déresponsabilisation est plutôt en forme de nos jours. Les services techniques de la ville sont venus ces jours-ci chercher machine à laver et caddie balancés sur un chemin de ces « 44 ». Comment ? Les caddies traînant au pied des habitations ne seraient donc pas l'apanage des insouciantes populations des quartiers populaires et bigarrés ? Fascinant.

Sorties de boîte : attention

« Nous allons travailler avec la Coban pour communiquer sur ces sujets avec les touristes l'année prochaine », déclare sobrement Bertrand Auneau, directeur girondin du service aux collectivités. Certes, la déchetterie la plus proche est à Lège, à une vingtaine de kilomètres mais l'argument est mince.

Six jours sur sept, l'équipe est la nuit sur les routes de la presqu'île. « Ici les gens nous aiment bien, résume Johan. On a des collègues de Bordeaux qui racontent que dans certains coins, leur casquette est coquée pour se protéger des projectiles. » Et de raconter la beauté des hauteurs du Canon et de Piraillan, la nuit avec vue tranquille sur le bassin. Pour Cyril, Johan 1 et Johan 2, la nuit se terminera vers 7 heures. Trois heures plus tôt, la collecte des professionnels (commerçants, restaurants) aura démarré.

« A la sortie des boîtes, il faut faire attention, dit Cyril. Mais les jeunes sont assez cool, pas agressifs avec nous en tout cas. » Le soleil se lèvera, les poubelles seront vidées. Et rebelote pour tout le monde.

Quand les stars dînent

Depuis 2006, Benoît Rousseau est en cuisine chez Hortense. Et ça usine !

Une institution, s'il en est. Un mélange de bonne franquette et de « place to be » absolue. Le service et le décorum simples sont sereins tant la nature autour et les produits dans l'assiette se chargent d'étonner. Si chez Hortense le badaud bade le people, le spectacle est aussi et surtout dans le palais.Et si les célébrités reviennent, Benoît n'y est pas pour rien.

Benoît Rousseau est l'une des 20 chevilles ouvrières du restaurant de la Pointe. Depuis trois ans, il s'occupe des entrées « prestigieuses » : il prépare le homard, le foie gras, les huîtres chaudes ou froides.

« C'est précédé de l'écaillage du poisson et de l'ouverture des huîtres », souligne-t-il. « En fin de service, on passe à la plonge avec les deux collègues permanents à ce poste. » Deux services midi et soir avec 40 tables dans le restaurant : il vaut mieux avoir le sens du rythme.

« De la super came »

Benoît est installé depuis neuf ans sur la presqu'île. Un coup de foudre qui aurait duré depuis la naissance : « Je suis de Marmande mais mon grand-père avait une maison au Cap et nous allions y passer les vacances, raconte le Lot-et-Garonnais de 28 ans. J'ai vite su que je ferais tout pour m'y installer. »

C'est chose faite en 2000 quand il prend le relais du frangin et devient préparateur chez le poissonnier Patrice Lucine, pour qui il travaille pendant six ans. Et une place se libère chez Hortense. « Il y a une super-ambiance familiale », confirme-t-il. Sous la houlette de Bernadette et de son fils François, Benoît intègre un effectif où figurent aujourd'hui « pas mal de vrais potes » qui vivent au Ferret toute l'année par amour du lieu. « On travaille de la super came », résume-t-il pour dire, à l'attention des mal-comprenants, que les produits de la mer qu'on sert chez Hortense, c'est du haut de gamme. Bon, et les stars, ho, Benoît, t'en vois souvent alors ? « Ah oui, même on est en plein service quand ils sont là, nuance-t-il. Mais des gens comme Guillaume Canet viennent dire bonjour en cuisine. »

Il se souvient bien sûr que ce dernier avait amené Di Caprio il y a trois ans et cite Florent Pagny dans ses chouettes souvenirs : « Il est arrivé dans ses fringues habituelles, très roots, j'ai trouvé ça très sympa. »

« Je veux vivre là »

De fin mars à fin septembre, il n'a d'yeux que pour Hortense, mais sinon ? « Les deux dernières années, j'ai travaillé l'hiver pour un artisan-menuisier, dit-il. On verra s'il a besoin de moi cette année. » Une saison en station de ski ? « Oui mais je devrais quitter le Ferret », objecte-t-il. Pas faux.

Mordu, le gars. « J'ai maintenant beaucoup d'amis ici, je veux vivre là. » Seul habitant à l'année de la maison familiale. Faire des enfants, trouver la maman. Bon vent.

Auteur : Yannick delneste
Benoît Rousseau en plein rush hier midi dans la cuisine de chez Hortense. photo Y. D.
Y. D.
y.delneste@sudouest.com
SUD OUEST 13 Aout 2009

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